mouchesSuper geek comme je le suis, j’ai inopinément supprimé le logiciel Adblock. L’horreur a commencé.

 Des pubs dans tous les coins ; des pop-ups impossibles à fermer qui prennent tout l’espace de l’écran, les malins mettant en haut à droite un bouton qui sert normalement à fermer un fichier et qui, à l’inverse l’ouvre ; des accès limités à ceux qui acceptent de regarder les pubs préalables…

On passe son temps à «zapper», en détournant son regard pour ne se concentrer que sur le texte qui nous intéresse, à se battre pour fermer ces p… de pop-ups. Je n’imaginais pas qu’une telle intrusion publicitaire fût possible. A côté, les prospectus dans les boîtes aux lettres (même si on les refuse) ou la pub TV ou presse, c’est de la rigolade.

 La publicité fait partie intégrante du modèle économique des sites, les plus petits notamment, d’où la création récente, par Adblock, sous pression, d’une « liste blanche » qui permet de ne pas supprimer la pub sur les sites de son choix.  Ce qui devenait essentiel pour la survie des sites. Je sais, l’homme à la tête d’Eyeo, père d’AdBlock n’est pas tout blanc et e-marketing citait récemment un article du Financial Times qui expliquait que les plus «grands géants du Net verseraient des millions de dollars à Eyeo, l’éditeur de cette extension, pour être mis sur « liste blanche » et ne plus voir leurs publicités bloquées».

Mais ce type de publicité fait-il partie du modèle économique des annonceurs quand elles sont vues majoritairement par des robots? C’est moins cher, mais quand même.

 Même si Adblock Plus disparaît ou accorde des «faveurs», il y aura de nouveaux acteurs qui apparaîtront. Ils apparaissent déjà.

 Jusqu’où poursuivre le consommateur dans son intimité ?

 Ne téléchargeant aucune application, je crois être encore un peu protégée par les pubs sur mon smartphone. Des dizaines d’articles de la presse pro qui considèrent que la géolocalisation est le nouveau Sésame – de la distribution notamment – quand on sait, étude après étude, que les consommateurs rejettent totalement cette intrusion. Mais on continue quand même. En attendant les objets connectés

Comment faire comprendre aux annonceurs – et à leurs agences – qu’ils ne sont pas les seuls à vouloir «se faire voir» ? Que leur univers de concurrence n’est plus leur seul secteur mais des milliers d’autres. Un consommateur bombardé, saturé qui télécharge une application une fois, pour ne plus jamais s’en servir surtout quand, dans la plupart des cas, elle ne sert à rien, juste une vitrine, un miroir des marques qui – soit dit en passant – ne l’ont toujours pas compris sur leurs sites. J’avais déjà abordé le sujet des «zombie apps» il y a quelques mois.

 Et surtout comment leur faire prendre conscience que l’on «n’engage pas la conversation», que l’on ne noue pas un lien «émotionnel» avec une marque – expressions maintes fois citées dans la presse – quand l’internaute ou le mobinaute passe son temps à vouloir supprimer leurs publicités, comme ces mouches qui reviennent tout le temps et que l’on éloigne d’un geste de la main… avant de s’armer d’une tapette, un logiciel anti-pub ou en abandonnant l’application. Le journaliste d’e-marketing précise qu’en France, «le Geste, une organisation qui réunit les professionnels, éditeurs en ligne, tous horizons confondus, plancherait actuellement sur la mise en place de solutions […] comme la création d’un abonnement mensuel pour les lecteurs souhaitant se passer de publicités». Un nouveau module du modèle économique.

L’internaute aura donc le choix, pigeon ou dindon. Avant qu’il ne se rebiffe.

Je ne comprends pas. Vous, annonceurs, qui investissez des millions d’euros sur ce média, vous devez souvent surfer sur le web. Et rien ne vous choque ? Peut-être êtes-vous équipés d’un logiciel qui bloque les pubs?