Montage fed upLa sortie prochaine aux Etats-Unis, en salles d’un documentaire, intitulé Fed Up, réalisé par Stephanie Soetchig, suscite l’ire des grands lobbies agro-alimentaires, en particulier le plus puissant d’entre eux, le GMA (Grocery Manufacturers of America)…

Les industriels responsables de la progression de l’obésité

Comme on peut s’y attendre, il dénonce la responsabilité des groupes alimentaires dans la progression de l’obésité aux Etats-Unis. Tout d’abord, le documentaire souligne les drôles de coïncidences sémantiques observées sur les sites officiels de lutte contre l’obésité et les sites de certaines marques ou de fédérations, minimisant le rôle de l’alimentation «Healthy weight, it’s not a diet, it’s a lifestyle !», ou entraînant des confusions chez les consommateurs, comme par exemple considérer que toutes les calories se valent, assiilant par exemple une calorie de fruit à une calorie de soda…

Le documentaire critique ensuite –parmi d’autres – les actions de lobbying des entreprises, leurs campagnes de communication, leurs stratégies de marketing scolaire ou encore les recherches dites «scientifiques» qu’elles financent.

Une investigation qui amène les auteurs, au sein de leurs conclusions, à considérer qu’il n’est pas dans l’intérêt des entreprises agro-alimentaires (baptisées sous la seule domination Big Sugar dans le documentaire) que les populations soient en bonne santé. La croissance de ces entreprises ne peut représenter que des emplois ; (surtout si on y ajoute l’intérêt économique des laboratoires pharmaceutiques. En 2005, le magazine américain Functional Foods titrait sur sa Une : «Le diabète, une formidable opportunité […] Il s’agit d’une piste prioritaire après les affections cardio-vasculaires et l’hypertension». Source Etude Nutrition Santé 2005, Secodip, NDLR).

De là à penser que le gouvernement pourrait en être complice… Les auteurs regrettent ainsi – comme cela semble avait déjà été souvent suggéré – que le programme Let’s Move ! de Michelle Obama avait été «co-opté» par les industriels. Marion Nestle, l’une des plus ardentes défenderesse de la nutrition sur son blog Food Politics du nom éponyme de l’un des premiers ouvrages qui dénonçait les stratégies des groupes l’agro-alimentaire (2002), si elle apprécie le contenu du documentaire, regrette la mise en cause de cette dernière. Sans nier ces «partenariats», elle souligne les effets positifs de ses initiatives (nutrition dans les écoles, étiquetage nutritionnel…) sur la sensibilisation des Américains et rappelle qu’elles sont systématiquement critiquées par l’industrie. Elle précise : «Mrs. Obama is not the problem. The food industry’s marketing and co-opting practices are the problem».

La riposte du lobby industriel

A côté d’un communiqué banal et convenu qui rappelle les efforts – naturellement «considérables» – faits par la profession pour la santé des Américains, évoquant bien évidemment son poids économique et social (14 millions de salariés), le lobby, quelques jours avant la sortie du film, a créé un site baptisé fedupfacts.com dont le nom et le design ressemblent au site officiel du documentaire fedupmovie.com, proposant un quiz utilisant les chiffres du communiqué de presse et dont vous imaginez l’impartialité et la compréhensibilité de ces mêmes chiffres (i.e des milliards de calories en moins quand on sait que les Américains (tout comme les Français), ignorent le nombre de calories qu’ils doivent consommer, si tant est qu’ils sachent ce qu’est une calorie.

Mieux, le GMA a également acheté des liens sponsorisés sur Google pour diriger toute recherche vers leur propre site.  Le Huffington Post précise que, si ce type d’action est assez commun dans l’univers politique – naturellement très critiqué – celle d’un lobby industriel contre un film est très rare, initiative qui ressemble, selon les auteurs du documentaire, aux tactiques utilisées par l’industrie du tabac. La GMA se défend d’avoir l’intention de tromper les internautes. Pour prouver son «innocence», elle précise en bas de sa page d’accueil «FedUpFacts is brought to you by the Grocery Manufacturers of America representing the makers of the world’s favorite food, beverage and consumer products». On appréciera le favorite.

Sollicités au moment de la réalisation de ce documentaire, aucun officiel du GMA ou des industriels qui en sont membres n’a souhaité répondre. Selon le Huffington Post, voir défiler la très longue liste de ceux-ci est sans doute «l’un des moments les plus consternants» de Fed Up.

Bien évidemment, tout ce qui est décrit dans ce documentaire ne pourrait avoir lieu en France ! Quoique. La semaine prochaine, nous évoquerons nombre de coïncidences – plus que simplement sémantiques – pour la plupart inspirées, justement, des Etats-Unis.

Source : nytimes, Huffington Post