churchill2Alors que la presse fait ses choux gras des sondages et les financent même parfois ; les journalistes y croient fermes. Mais les citoyens ? Dubitatifs, dubitatifs. 

Une étude intéressante menée par WIN/Gallup International en collaboration avec l’institut sud-Africain of Ask Afrika Group sur la confiance (et leur véracité) des individus envers les résultats des sondages, aussi bien sur des sujets politiques que des problèmes de société.

Elle a été menée dans 47 pays dans le monde (dont la France). Question majeure : les individus ont-ils confiance dans les sondages quand eux-mêmes n’y répondent pas d’une manière très sincère? Pour vérifier, comme l’institut le dit avec humour, si les interviewés étaient d’accord avec la phrase de Churchill : «The only poll numbers I trust are the ones I falsified myself».

Verdict : 50% y croient un peu, 30% ne doutent pas un seul instant de la fiabilité des sondages et 15% n’y croient pas du tout (5% de NSP).

Les répondants furent ensuite classés en trois populations : les naïfs, les critiques et les cyniques. Les Français «contribuent» en grande partie à cette troisième catégorie.

Deuxième question : «Croyez-vous en la sincérité de vos réponses quand vous êtes interrogés»? 59% d’entre eux déclarent être sincères, avec des variations importantes selon les pays : 74% par exemple pour l’Italie, le Canada, les USA ou la GB, mais seulement 51% dans des pays comme la Turquie, l’Inde ou les Philippines.

29% des sondés déclarent dire la vérité

«Globalement, 29% des répondants déclarent dire la vérité de temps en temps, 7% rarement et 2% jamais» précise l’étude. Curieusement, les chercheurs ont remarqué qu’il n’y avait pas de corrélation entre ceux qui déclarent faire confiance aux résultats et ceux qui affirment répondre honnêtement.

Selon eux, cette distorsion vient d’un décalage de perception. Plus ils sont nombreux à faire confiance dans ces résultats s’agissant d’opinions politiques, moins ils sont sincères sur leurs propres positions (tout le problème du vote lepéniste depuis tant d’années), sur les sujets moraux notamment.

En clair, les citoyens qui sont les plus nombreux à affirmer qu’ils croient dans les résultats des sondages politiques, sont aussi ceux qui ont le moins confiance s’agissant des réponses aux questions plus morales (argent, sexe, drogue…). Et ils sont plus nombreux à faire confiance (trust) aux sondages politiques lorsqu’ils ont le sentiment que les élections ne sont pas libres et que les régimes sont corrompus. De même, ils ont plus tendance à répondre avec plus d’honnêteté quand ils perçoivent que les élections, même s’ils ont perdu quelques illusions sur la démocratie.

En revanche, ils croient plus en leur véracité (truthfulness), quand ils perçoivent que les élections sont honnêtes. En revanche, ils ont perdu quelques illusions s’agissant de la démocratie. En clair, ils veulent bien y croire. Ainsi, une sorte de schizophrénie entre «confiance» et «véracité» selon le crédit qu’ils accordent à leurs institutions.

Pour l’anecdote, quand on leur demande quel est le pays dans lequel ils ont le plus confiance, le Japon arrive en tête (17%) devant les Etats-Unis, l’Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne. La France ne reçoit la confiance que de 4% des interviewés, juste avant l’Italie ! Persistance des mythes ?

 Les instituts le savent et c’est là toutes leurs difficultés – entre autres – des études internationales et de leur fiabilité. Il faut y ajouter, au doigt mouillé le plus souvent, l’optimisme, ou le pessimisme, naturel de certains pays – les Français étant, par exemple, réputés pour être les plus revêches – et les régimes politiques dans lesquels ils vivent.

Je reviendrai sur un autre sujet, ces « rebelles » qui refusent de répondre aux sondages. Tout se passe comme si les instituts, et leurs clients, ne voulaient rien savoir, ne prenant en compte que les « NSP » (« ne sait pas »). Comme s’ils n’existaient pas. Une vraie erreur marketing.

Source : themarketingsite.com