Pony2Rien de mieux que le statut de coopérative. On peut tout se permettre, surtout de dévorer ceux qui les nourrissent. Voire même une «agriculture écologiquement intensive». Trop fort.

Vous avez sans doute remarqué toutes ces pubs qui sentent bon le pré, voire la bouse de vache. Tout à coup, les coopératives se révèlent solidaires. Tout juste si elles ne deviennent pas des PME avec plein de gentilles vaches partout. Le lapin du Crédit Agricole n’a pas réapparu mais c’est tout comme. Le Crédit Agricole qui, au passage, avait raté le coche en abandonnant le positionnement de «banque verte», jugé trop plouc sans doute, pour devenir une «banque universelle», même si le qualificatif de banque verte reste présent dans la mémoire des journalistes qui ne cessent de l’utiliser. Ses dernières campagnes publicitaires démontrent qu’elle redécouvre les vertus du local et de la solidarité. Et paient ses amendes pour des spéculations un peu osées. A des kilomètres-lumière des valeurs agricoles.

Bref, en ces temps d’économie citoyenne, rien de mieux que de ressortir les oripeaux. Pour pas cher

Quel bonheur de lire les professions de foi des entreprises sur leurs sites. Un must de langue de bois. Deux exemples exemple les «valeurs». Celui de la Cooperl Atlantique «partagées par les éleveurs et les salariés: la solidarité, l’effort et l’équité». Il semble que lors du conflit du porc, l’équité ait pesé du côté des 5000 salariés de la coopérative plutôt que des 2700 éleveurs qui la possèdent. Le site de Bigard est formidable aussi qui a racheté en 2009 la coopérative Socopa et dont il est difficile de savoir où est l’industriel et où est l’adhérent d’une coopérative. Peu importe, selon leurs «valeurs», «le réseau d’éleveurs Bigard applique une démarche précise de contrôle sur l’identification, la traçabilité, le suivi sanitaire et l’alimentation de ses animaux » ce qui semble une obligation de base et obligatoire mais attention ! « De plus, les éleveurs se préoccupent du bien-être animal en veillant notamment à leurs conditions de logement». Inutile de donner des liens. Air connu

Isabelle Saporta, dans son Livre noir de l’agriculture (ed. Fayard) démontre avec limpidité comment les coopératives sont devenues soumises à leurs fournisseurs pour assurer leur survie : alimentation animale, pesticides, engrais… orientant leurs membres à toujours plus de consommation, à plus d’élevage ou plus d’agriculture intensive.

Pris à leurs propres pièges, les agriculteurs vont un peu plus dans le mur. Mais sans honte. Je connais un fils d’agriculteur breton qui veut développer ce même schéma au Vietnam, sans aucun sens de sa responsabilité écologique.

Au diable les valeurs mutualistes des coopératives. Un jour, je fus membre d’un jury de cadors de la coopération qui a préféré glorifier Yoplait et son développement international plutôt qu’une coopérative locale de porc dont l’objectif était juste d’assurer la production des agriculteurs de la région, sans aucune intention d’extension à tout va. Grignotés par leur rêve de croissance.

Guerre des gangs

Tous des méchants. Les industriels et les distributeurs. Sauf que les coopératives sont les premières à dézinguer leurs adhérents. Un article tout à fait édifiant de la Dépêche en août dernier. Coop de France, la coopérative des coopératives soutient la coopérative Cooperl au prétexte que les méchants charcutiers -qu’ils sont eux-mêmes- ne respectent pas leurs engagements et salue la décision de Cooperl «de boycotter les achats de porcs sur l’emblématique marché au cadran de Plérin (Côtes d’Armor)» contestant le prix «jugé trop élevé» du prix d’achat aux éleveurs.

A force de vouloir transformer ces coopératives en entreprises exportatrices, les sociétés se retrouvent confrontées à une concurrence internationale et s’en plaignent. En avaient-elles besoin pour assurer la vie des éleveurs?

Top du top, Coop de France considère qu’il s’agit d’une «double peine pour les éleveurs adhérents de coopératives», de «grave danger», « lourdement pénalisés par des outils industriels coopératifs dont ils sont propriétaires». Eh non, ils appartiennent au Crédit Agricole. Ils ont plongé

Une agriculture «écologiquement intensive». Mouarf

Qui les a mis dans cette mouise sinon les coopératives, elles-mêmes à force de croire qu’elles pouvaient avoir de très gros bras (pour rester polie) suffisants pour se battre avec les multinationales capitalistiques et de céder aux sirènes de la croissance à tout prix? Le Crédit Agricole qui se régale et naturellement les fournisseurs de semences, d’alimentation animale et autres produits phytosanitaires.

Isabelle Saporta rapportait récemment que les algues vertes issues de la dégradation du sol breton allaient servir à la nutrition des ces mêmes porcs qui les ont engendrés. «La boucle est bouclée», dit-elle. Une horreur qui rappelle le film Soleil vert ou comment nourrir les humains avec des cadavres.

Mais peu importe. Les deux «coopératives» (comment peut-on encore les dénommer ainsi ?) Maïsadour et Terrena ont décidé de «créer un leader européen de la production de semences en rapprochant leurs activités semences». En clair, la porte ouverte aux OGM. «Notre projet d’alliance sur le secteur stratégique des semences répond à la volonté de nos deux coopératives d’offrir à leurs adhérents et clients respectifs des produits et des services en phase avec les attentes des marchés: filières de qualité, agriculture écologiquement intensive« . Nouvelle expression. On n’a pas fini de l’entendre.

Présents naturellement en Afrique, au nom du développement des agriculteurs français, oubliant quelques accaparements de terre (sur la production de canne à sucre, business is business), ils ne répondent qu’aux besoins de leurs adhérents et aux attendes consommateurs bien sûr. Si seulement, on demandait leurs avis aux uns et aux autres. A moins que pour les premiers, cela leur rapporte quelques sous.

Que l’on se rassure, l’agriculture ne sert pas à nourrir ses citoyens, c’est juste du pétrole. C’est ce qu’écrivait La France Agricole, en septembre dernier, interviewant -sans aucune concession naturellement- le patron de la FNSEA, Xavier Beulin. Je vous épargne son interview tant je me sentais mal, fille de paysans depuis des générations, tellement loin de son horizon de fric. Retenons une seule phrase «Ah, mais on n’est pas dans un monde de bisounours!»

Terrena a racheté Doux, en collaboration avec Sofiprotéol ou plutôt Avril, nouveau nom de baptême du groupe de Xavier Beullin. Encore des volailles sans plume à déverser en Afrique pour empêcher tout développement de leurs productions intérieures. Sodiaal semble faire aussi très fort.

Le pognon, c’est le pognon. Je rencontrai récemment un jeune étudiant qui affichait sur son réfrigérateur en colocation les marques irresponsables à boycotter. Il y a du boulot.

Ce texte a été rédigé quelques jours avant la sortie du livre de Fabrice Nicolino, intitulé « Lettre à un pays sur ce merdier qu’est devenue l’agriculture » aux éditions Les Echappés et que je vous recommande naturellement. Un extrait sur son blog Planète sans visa.