téléchargementStefano Benni est un extraordinaire romancier et auteur de nouvelles italien, trop peu connu, dont les écrits sont parfois totalement fantasmagoriques, poétiques, drôles ; parfois aussi révoltés, caustiques et pathétiques que certaines œuvres de Dino Risi – comme Les Monstres – ou les deux à la fois.

Autant de merveilles. Parmi mes préférées, Le bar sous la mer, Bar 2000, La Grammaire de Dieu, Pain et Tempête. Tous ces textes publiés aux éditions Actes Sud.

La trace de l’ange, publié en 2013, que je viens de lire,au-delà de la qualité du récit, est une diatribe contre les laboratoires pharmaceutiques et des médecins qui choisissent d’être nourris par ces mêmes labos. Rien de documentaire dans ce texte ; quelques lignes suffisent : comment la dépendance aux médicaments – soigneusement organisée pendant des années-  peut s’installer chez un être humain, jusqu’à conditionner le sens de sa vie.

Quelques courts extraits.

Tout d’abord une note joyeuse à propos d’un «feuillet très mince» – la notice concernant le médicament – qu’il qualifie de «petit menteur» : «il était écrit en caractères minuscules. En minihittite, en microégyptien, en hiérocryptique esculapien».

Ensuite, il passe au ton caustique. «Il détestait les médicaments, mais il les mangeait comme si c’était du pain. Il disait qu’ils dirigeaient le monde. Ils guérissent et ils tuent, ce sont des anges mauvais, mais ils sont plus mauvais qu’anges. Après le pétrole et les armes, ils sont le cœur impitoyable de l’économie».

Mots d’un médecin – presque – repentant à propos de son prédécesseur : «Le monde des marchands de médicaments avait dévoré son âme. C’est lui qui m’avait appris à bâillonner le malade, contrôlé par notre toute-puissance chimique et céleste».

Au moment de passer un énième examen : «Ce fut comme entrer dans la salle de commandement de Discovery One dans 2001, l’Odyssée de l’espace, dans le royaume blanc des ordinateurs, des tracés lumineux et des écrans de contrôle. Là, l’astronef du futur filait, toutes voiles dehors, vers l’univers, énorme et microscopique, des nouvelles technologies en matière de diagnostic. L’astronef était attaquée et bombardée par les cuirassés noirs, cracheurs de pilules et par les météorites des multinationales pharmaceutiques. Une armée qui refusait le doute, et qui ne voulait pas dépenser d’argent pour la recherche. De toute façon, on meurt quand même ».

L’industrie pharmaceutique, troisième industrie mondiale : vive le cancer, le diabète et Alzheimer. Pour les maladies tropicales, comme l’ebola, on attendra qu’elle atteigne les pays occidentaux pour mener des recherches. Pour l’instant, elle n’est pas rentable, les Africains sont beaucoup trop pauvres.