La presse (MediapartLe Canard Enchaîné (02/04/2014), Que Choisir), se sont fait l’écho depuis quelques semaines d’un contrat qualifié « d’invraisemblable », d’une durée de cinq ans, signé entre le ministère de l’Education nationale et la collective du sucre (CEDUS)  pour fournir une « information sur la nutrition et la santé »…

L’article du Canard, comme celui de Médiapart, relèvent, à la lecture des fiches pédagogiques du Cedus, des «perles»: «les caries ne sont pas dues uniquement dues au sucre », que «les diabétiques peuvent manger du sucre» ou, top du top que «le sucre n’est pas responsable de la prise de poids». La réponse du Cedus à cette «controverse» est pleine d’humour involontaire – on ne se refait pas. Dans le communiqué de presse, est mise en gras cette phrase : «L’idée centrale est de promouvoir une alimentation équilibrée sans diaboliser le sucre ou les produits sucrés, et sans inciter à des consommations excessives».

Marketing scolaire: que des philanthropes

Dans ce texte,,  le Cedus n’hésite pas à mettre en avant « d’éminents » scientifiques, américains comme il se doit, plus chic. Dommage ! Aux Etats-Unis, existe une base baptisé Integrity publiée par le cabinet d’avocats spécialisé en nutrition CSPI qui fait la liste les scientifiques rémunérés pas l’industrie et qui souvent, oublient de préciser leurs conflits d’intérêts (on y trouve même les noms de quelques chercheurs français…). On y découvre ainsi que le professeur Richard Mattes, cité sur le site, est financé entre autres par SlimFast, Kellogg ou encore Mondelez…

Le professeur Tounian, également cité, selon toujours le site Cedus,  déclarait en 2012 : «L’excès de sucres chez l’enfant occasionne une véritable peur phobique chez un grand nombre de parents et de professionnels de santé […], la peur de sucre est clairement démesurée chez l’enfant» dans un communiqué de la Société Française de Pédiatrie dont le professeur est secrétaire général.

Cet organisme, la SFP, est totalement indépendant naturellement, financé par quelques sponsors (mais pas d’acteurs de produits alimentaires) mais quand même, propose sur son site des offres à ses partenaires qui paraissent quelque peu commerciales, comme «Optimiser les rendements de leur plan de communication», « Sensibiliser les pédiatres libéraux et hospitaliers », « Accompagner le lancement d’un produit », «Communiquer sur le site».

On se croirait sur le site doctissimo. Nul doute que leur caution est totalement désintéressée et ne pense qu’à la santé des enfants.

La plaquette diffusée chez les médecins

La plaquette diffusée chez les médecins

Rappelons que le Cedus est à l’origine et finance depuis des années, la «Semaine du goût», saluée par tous les médias et bien d’autres événements, notamment dans l’univers de la restauration. Elle publie aussi, depuis de années des dossiers pédagogiques à destination des écoles pour lesquels le seul filtre, assez soft, est celui de l’INC. A leur décharge, ils ne sont pas les seuls. Jetez un œil sur la liste – édifiante- des documents proposés aux écoles recensés par l’INC  Les marques et les collectives de tous genres y sont légion.

Cerise sur la gâteau, la diffusion dans les salles d’attente des médecins, d’une jolie petite plaquette, intitulée « le sucre, les sucres ». A but pédagogique naturellement. L’UFC Que Choisir vient récemment de dénoncer ces pratiques de communication, très courantes.

Juste pour rire, en cliquant sur le site Sucre Info, l’onglet pro du Cedus, signé par son comité scientifique, un joli lapsus : «La sélection d’articles est limitée donc partiale mais nous espérons qu’elle vous donnera envie d’approfondir les différents sujets abordés ».

Dernière anecdote. Un jour, lors de mes recherches sur une étude nutrition/santé, je tombe sur un copier/coller d’une page du Cedus sur un site destiné aux jeunes mamans, préconisant, entre autres, de l’eau sucrée (bannie par mon pédiatre il y a plus de trente ans). J’envoie un mail courroucé à la rédac’ chef du site qui me répond : «ce sont des experts». J’ai essayé de lui expliquer ce qu’était un lobby. Elle s’est énervée, mais la page avait disparu le lendemain.