oeilscientifiqueA la lecture du remarquable papier paru dans Le Monde diplomatique en février dernier, intitulé Abécédaire de la surveillance, à propos des outils de surveillance des simples citoyens, impossible ne pas faire le lien avec les pratiques marketing qui s’en inspirent directement. Vous avez dit éthique ?

Cela fait froid aux yeux. A une différence notable près, et de taille. Il existe des régulations, lanceurs d’alerte et d’ONG qui protègent  – un peu – le citoyen.

Reprenons et traduisons en quelques termes marketing ces quelques définitions.

Algorithmes. Manne pour les institutions financières et baguette magique pour les moteurs de recherche qui vont hiérarchiser les pages – et les internautes – selon de simples critères de recherche. Targeting ou Native advertising, dit-on dans notre jargon.

Assange. Le créateur de Wikileaks qui a dénoncé des documents secrets. De multiples ONG qui dénoncent les pratiques de lobbying et de stratégies commerciales dans le monde. Vous en avez entendu parler dans la presse pro ? Lisez-vous également les newsletters des ONG et/ou des blogs qui dénoncent ces pratiques ?

Big Brother. J’entends déjà les cris d’orfraie. Mais pas du tout. Il s’agit de « répondre aux attentes du consommateur, en connaissant au mieux leurs besoins et leurs centres d’intérêts ».

Bracelet électronique. Vous connaissez l’Apple Watch et la porte déjà grande ouverte à toutes les applications qui existent déjà, qui mesurent toutes vos données médicales qui – vendues à différents « partenaires » – définiront le montant de vos cotisations sociales, le fait que vous soyez embauchés ou non, que vous bénéficierez d’une assurance ou non. Le moindre bouton sur la peau et vous serez virés, « hors de cible ». Les sociétés d’assurance sont au taquet. Une aubaine. Trop gros? Dégage ! La déferlante d’applications annoncent le pire.

Détecteur de mensonges. Selon L’article du Monde Diplomatique, “”utilisé depuis 1939 aux Etats-Unis par la police, le «polygraphe» est censé mesurer les symptômes de stress provoqués par le mensonge lors d’un interrogatoire. Peu fiable, le procédé a été rejeté par la justice de la plupart des pays européens”. Mais les marketeurs – et autres chercheurs malins – s’acharnent sur le neuromarketing. Leurs clients s’acharnent sur leur efficacité. Leurs fournisseurs accourent, pour leur plus grand bonheur. Tout est bon à vendre. Rappelez-moi le cri du pigeon? “rou-rouou-rou-rou-ru ».

Drones. Il fallait y penser. Après les drones qui tuent, voici des livraisons conçus par des distributeur (comme Amazon). Voici les «drone advertising»  comme ces c… d’avions qui passent au-dessus des plages avec leurs jolies pancartes.

CIA. Inutile de parler de la nouvelle de loi socialiste du renseignement contre le terrorisme. Les marketeurs ont déjà les réseaux sociaux. Certes, il y a à boire et à manger mais ces derniers ne font qu’affûter leurs datas.

Contre-surveillance.  Selon Le Monde Diplo, il s’agit de l’« ensemble des moyens humains et technologiques permettant de détecter les appareils d’espionnage installés dans un espace donné ». Vous allez peut-être trouver cela un peu tiré par les cheveux, moi cela me fait penser aux mesures prise par le lobby de la pub d’empêcher par tous les moyens les choix d’opt-in, (sauf s’ils en sont contraints par la loi), jusqu’à faire un procès à AdBlock Plus (lire à ce sujet ma note sur le droit des marques vs celui des citoyens).

Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL).  L’article rappelle sa mission «que  l’informatique soit au service du citoyen et qu’elle ne porte atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques ». Combien de fichiers réellement déclarés à la CNIL? De toute façon, ses « avis » ne restent que… des avis.

Je vous laisse continuer ce petit exercice de traduction en lisant la suite de l’article sur des termes par exemple comme Facebook, Google Glass, géolocalisation, métadonnées, vidéosurveillance…

Dernière « anecdote ». selon le site alireailleurs d’InternetActu.net, Google vient de déposer un nouveau brevet pour « un ours en peluche bardé de capteurs et de caméras pour interagir et surveiller les enfants ». Idem pour une nouvelle poupée Barbie qui serait lancée à l’automne. Comme le souligne l’article,« le but de ces objets, de ces jouets cognitifs, semble plus d’écouter les enfants dans l’espoir de recueillir des données pour construire des nouveaux jouets ou produits. Ces objets ne sont pas des jeux. Ils sont des capteurs ».

Cela vous donnera peut-être une nouvelle vision de votre métier, moins funky.

Pour compléter cet article, je vous recommande celui d‘Internactu.net  paru le 11 juin dernier, intitulé « données personnelles : l’impuissance n’est pas le consentement ». Mais la machine risque de gagner.