cow-silhouetteSelon certaines estimations, toutes concordantes, l’alimentation serait responsable d’un tiers des cancers en France (sans même que les médecins ne soient formés en diététique pendant leurs études) mais le ministère de la Santé n’avait peut-être pas été convié à la signature de ce contrat. Fameuse idée vraiment d’avoir associé dans le même ministère l’agriculture et l’agro-alimentaire. Il s’agit de nos emplois que diable, pas de nos vies ! Le ministère de la consommation semble lui aussi bien absent. En son temps Roselyne Bachelot s’était battue bec et ongles, elle avait perdu la moitié de la bataille. Cette fois, cette dernière est définitivement perdue…

 

Nous évoquions, il y a quelques mois, la signature d’un Contrat de la filière alimentaire, avec tous les partenaires (Etat, Ania, FCD…). 76 pages et… quatre lignes concernant l’amélioration de la qualité nutritionnelle des produits dans le cadre d’un «Pacte qualité ingrédients» présent – curieusement – dans le seul volet Export/promotion du rapport. L’Etat était catégorique : «Une réponse ambitieuse des professionnels est attendue, en 2013, sur l’amélioration de la qualité de l’offre alimentaire (notamment nutritionnelle, mais pas uniquement), sur la base d’engagements volontaires et contractuels afin de démontrer la pertinence et l’efficacité des démarches volontaires». On les attend toujours avec impatience. En attendant le rouleau compresseur de la publicité continue à bien rouler : investissements de la seule marque Nutella en 2013, 30 millions d’euros ; elle était, en 2012, le plus gros budget dans le secteur de la grande consommation. Investissements de l’Aprifel, la collective des fruits et légumes ? Zéro euro (source Kantar Media). David contre Goliath.

La nouvelle «Loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt », votée il y a quelques jours est un bijou. On sent nettement que la priorité est destinée aux citoyens, mais dans les mains des agriculteurs et de l’agrobusiness qui les nourrissent et qui ne leur donnent pas le choix. Mais que l’on ne s’inquiète pas : « Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, avec Guillaume Garot, ministre délégué à l’agroalimentaire ont dévoilé les nouvelles orientations de la politique du Gouvernement en matière d’alimentation ». […]: « [Elle] vise à assurer à la population l’accès, dans des conditions économiquement acceptables par tous, à une alimentation sûre, diversifiée, en quantité suffisante, de bonne qualité gustative et nutritionnelle, produire dans des conditions durables. Elle vise à offrir à chacun les conditions du choix de son alimentation en fonction de ses souhaits, de ses contraintes et de ses besoins nutritionnels, pour son bien-être et sa santé.» Ouf ! Nous sommes rassurés. C’est comme si vous vous mettiez dans les mains des labos pharmaceutiques qui savent ce qui est bon pour vous.

Les fausses barbes : sécurité alimentaire, éducation et gaspillage alimentaire

L’accent est mis sur la sécurité alimentaire, qui devrait être un prérequis dans un pays occidental, compte tenu des scandales que nous avons pu vivre. Quel dommage que la DGCCRF ait été pratiquement démantelée, au nom des économies publiques naturellement. Mais, selon le ministre, cette sécurité a un autre avantage, celui de «Réduire les coûts de production en utilisant les médicaments vétérinaires de manière plus ciblée. Renforcer la lutte contre la résistance aux antibiotiques, notamment par l’encadrement des pratiques commerciales relatives aux médicaments vétérinaires (encadrement de la prescription des antibiotiques critiques, encadrement des pratiques commerciales contre l’incitation à la vente, renforcement des sanctions)». On marche sur la tête.

L’éducation.Encore une fois la faute du citoyen quand les déjeuners en cantines scolaires, sous-traités à de grandes entreprises est d’une pauvreté nutritionnelle sans nom, malgré de nouvelles contraintes très positives. Certains projets, comme Epode, maintenant baptisé «Vivons en forme», paraît une bonne voie. Pourquoi ne pas la généraliser ? Mais quoi faire des adultes, ceux qui ont les plus grands risques.

Et quand ce sont les marques alimentaires qui conçoivent des programmes «pédagogiques » destinés aux écoles, à peine contrôlés par l’INC qui ne peut donner qu’un avis, est-ce vraiment philanthropique. N’oublions pas cette fameuse « semaine du goût » conçue et financée depuis des années par le Cedus, la collective du sucre.

On botte en touche avec le gaspillage aliment aire, naturellement de la faute du consommateur et pas du tout de l’agro-alimentaire qui organise soigneusement ce gaspillage avec des DLC «programmées», des offres promotionnelles volume en produits frais (bogof)) dont on sait délibérément que la moitié sera jetée. Mais surtout, quel rapport avec l’alimentation?

 Rien sur la qualité nutritionnelle intrinsèque des produits

 Rien dans cette loi sur l’alimentation animale qui permettrait d’améliorer leur qualité nutritionnelles, retour aux nourritures locales plutôt que l’importation de farines de soja contenant des OGM, rien sur l’alimentation des volailles dont les œufs procurent plus d’oméga 6 que d’omégas 3. Rien sur le bien-être animal, bien au contraire, avec une récente autorisation d’augmenter la capacité des porcheries pour «sauver l’agriculture bretonne» (lire à ce propos l’ouvrage édifiant de d’Isabelle Sapporta, intitulé Le livre noir de l’agriculture)  ou  encore cette ferme des mille vaches dont on vante la seule rentabilité. Rien non plus sur la biodiversité, des semences tellement travaillées pou améliorer leur rendement, sans prendre en considération leurs valeurs nutritionnelles, ces féculents, tellement industrialisés pour en diminuer le temps de cuisson (praticité oblige) qui ont perdu toute valeur nutritionnelle ; sur la recherche d’une meilleure qualité nutritionnelle des légumes : cultures hors-champs, des mois de stockage dans des frigos. Naturellement, pas un mot sur les produits industriels bourrés de sucre, de sel et de matières grasses. « Nos emplois sont en jeu ».

Dernières anecdotes tout à fait significatives : il était prévu, dans le cadre de cette loi, d’interdire tout publicité pour les phytosanitaires, mais cela mettait en péril la presse spécialisée agricole, ces publicités seront donc interdites aux particuliers, qui représentent moins de 10% de la consommation de ces produits. Le lobby des phytosanitaires (pardon, de la protection des plantes) a fait très fort. Ce matin-même, reportage radio d’un syndicat de ventes de produits phyto aux municipalités qui estimait à 1600 le nombre d’emplois supprimés. Continuons donc à empoisonner au nom de l’emploi. Une véritable avancée écologique et pour la santé.

Mais rassurons-nous, François Hollande est venu saluer les trente ans de la société Sofiprotéol (leur site est un must de greenwashing) ,et dont le président est lui-même patron de la FNSEA, en soulignant les bienfaits des bio-carburants, l’une des plus belles catastrophes humanitaires –et écologiques – de ces prochaines années. Des biocarburants en Afrique quand les habitants manquent de cultures vivrières…

Rien enfin, sur l’amélioration de la qualité nutritionnelle des produits transformés. On semble avoir oublié le PNNS.  Il en faut pas déc.. non plus.

Agriculture, élevage ? Non, agro-business. Vive l’exportation (aidée par la Communauté européenne qui détruit les agricultures des pays du tiers-monde). Un « levier de croissance », au même titre que les centrales nucléaires ou l’armement, mais certainement pas pour nourrir sainement  la population.