financement boîtesY aurait-il collusion ? Un rapport très complet et édifiant de The British Medical Journal, devenu BMJ

Rapporté par le site Food Politics, le blog aborde une étude très complète du BMJ  qui fait le lien, en Grande-Bretagne, entre l’industrie du sucre et les experts de la santé chargés de conseiller le gouvernement sur les recommandations de consommation de sucre. Impossible que cela ne se passe en France tant nos chercheurs sont intègres. Quoique.

Le rapport s’est intéressé aux membres du SACN (Scientific Advisory Committee on Nutrition) dont la mission est de mettre à jour les recommandations officielles de consommation de certains aliments. Parmi les 40 scientifiques qui travaillent ou ont travaillé pour le SACN entre 2001 et 2012, seulement 13 d’entre eux n’ont déclaré aucun conflit d’intérêts. Ainsi qu’aux chercheurs travaillant pour le HNR (Medical Research Council’s Human Nutrition Research), aussi baptisé MRC  autre comité très influent. Un grand nombre d’entre eux sont rémunérés pour certaines recherches par des multinationales. Un phénomène qui touche tous les pays de la planète naturellement, mais cette fois cette est très détaillée, cette étude en fait toute sa valeur.

Créer des réseaux d’influence

Un premier chapitre dénonce ces chercheurs financés par les multinationales, souvent pointées pour la montée de l’obésité dans le monde. Selon Bmj, ce phénomène n’a fait que s’accroître depuis des années. Les industriels se sont concentrés sur les instances les plus sollicitées par le gouvernement précédemment cités, le SCAN et le HNR dont Coca-Cola, PepsiCo, Nestlé, the Institute of Brewing and Distilling, Weight Watchers International, NutriLicious (une société de relations publiques spécialisée en nutrition), Sainsbury’s, W K Kellogg Institute, ou encore GlaxoSmithKline. D’autres sont financés ponctuellement (Boots, Coca-Cola, Cereal Partners UK, Mars, and Unilever Foods). Ils font également partie d’advisory boards de différents lobbies.

Le MRC précise que les revenus des chercheurs ne leur profitent pas mais – on n’en doutait pas une seconde – « instead goes into the unit’s central budget to fund “project activities and may include staff/staff time, consumables and equipment, other project costs and contributions to infrastructure and support costs.”. 

Mieux encore, ces chercheurs sont encouragés à travailler avec le secteur privé, alimentaire et pharmaceutique.

Le SACN a été créé en 2001 pour proposer des «recommandations indépendantes» auprès des instances gouvernementales de la santé et, depuis sa création publiait annuellement les conflits d’intérêts de leurs membres. Mais certains de ses membres ont quelques trous de mémoire. En 2014, plusieurs d’entre eux, chargés de travailler sur le chapitre du sucre étaient intervenus comme conseils pour l’industrie agro-alimentaire, dont Coca-Cola et Mars inc. Mieux, the BMJ, a enquêté sur l’analyse des déclarations annuelles de tous les membres du SACN a recensé plus de 539 personnes  ayant collaboré avec diverses organisations, groupes alimentaires et autres laboratoires pharmaceutiques depuis une dizaine d’années, sans les avoir déclaré.

«L’illusion de l’auto-régulation»

Même qu’il est prouvé que de nombreux chercheurs du SCAN sont rémunérés par les lobbies agro-alimentaires, c’est à cause… du gouvernement qui n’a plus les moyens de financer ces recherches et qu’il est contraint de faire appel à des fonds privés, notamment dans les universités…

Le texte parle de «l’illusion de l’autorégulation». Un expert de l’Oxford University considère que les chercheurs, financés par les grandes firmes alimentaires se «dupent» eux-mêmes, voulant croire qu’ils peuvent «changer quelque chose de l’intérieur». Pour mieux se laver les mains, ils privilégient l’autorégulation, sans n’avoir constaté d’amélioration tant qu’une loi n’est pas établie. On se demande d’où vient cette recommandation. Mieux – ou pire – encore, ces autorégulations sont «pires qu’inutiles». Le ver est à l’intérieur des organisations de santé qui bloque toute décision gouvernementale. Mais, la main sur le cœur, les multinationales s’annoncent conscientes de leurs responsabilités… et des actions qu’elles peuvent mener. Qaund Mars et Danone s’associent pour sauver la planète, j’ai comme un doute.

Le journal prend l’exemple d’une très grosse étude publiée en 2010, démontrant que la sur-consommation de sucre entraînait le développement du diabète de type 2. A la suite de cette étude, certains pays ont pris certaines mesures plus coercitives. Aussitôt, les industriels, contestant naturellement les résultats de cette étude ont mis en avant les mêmes arguments éculés, les raisons «multifactorielles» de l’obésité, la nécessité d’une activité physique chez les consommateurs et les pertes d’emplois que pourraient générer de telles mesures.

Certains chercheurs cumulent leurs conseils «désintéressés», pour des sociétés comme Coca-Cola – champion toutes catégories – PepsiCo, Danone, Nestlé, Mars…

La peur de la législation

Toujours selon le BMJ, c’est bien sûr la principale raison qui amène les industriels à financer des recherches. Tout sauf une loi qui les contraindrait à réduire leurs taux de sucres ou de sel dans leurs produits qui leur coûterait tellement cher, taxes ou reformulations des produits. Sans compter, naturellement, leurs dommages en termes d’image.

Food washing ? Cela fait plus de dix ans que les sociétés promettent de réduire leurs quantités de calories dans leurs produits de 5%. Seule une loi pourrait les contraindre à les réduire de 30 ou 40%, Industriels et distributeurs se sont engagés dans des responsability deals. Si facile. Comme en France, des industriels, distributeurs – une quarantaine – se sont engagées, sous l’impulsion du gouvernement.

Le bilan de ces engagements sera fait fin 2015 mais, selon un expert de Kantar Worldpanel, peu de progrès ont été faits. Bien au contraire. La densité calorique des produits n’a cessé de progresser. En 2013, le nombre de calories achetées pour une consommation à domicile était de 11,7% supérieure qu’en 2006, provenant des sucres, des matières grasses, notamment des graisses saturées. Les efforts ont été faits sur des produits mineurs. En clair, les industriels protègent leurs produits phare, grâce aux promotions notamment sur leurs produits les plus malsains.

Les arguments fallacieux ne manquent pas quand les industriels veulent justifier de leur bonne foi. Une fois de plus c’est le consommateur qui est coupable, c’est à lui d’équilibrer son régime grâce aux informations claires données par les marques .

Vous pourrez lire sur le site de Food Politics les réponses des organisations mises en cause.

En France, tout va bien

Pas question de telles collusions en France. Il faut néanmoins rappeler la création du Fonds Français de l’Alimentation, un partenariat public privé entre l’Ania, lobby industriel, l’IFN déjà financé par les industriels et l’INRA, institut de recherche publique… La liste des membres qui soutiennent ce fonds est à l’évidence en faveur de la santé des Français, les plus grandes multinationales. Je ne parlerai pas non plus des scientifiques appartenant aux comités scientifiques des grands groupes, des lobbies qui financent les chercheurs et leurs publications… Cela serait trop long. Ce matin, la Confédération paysanne publiait la carte des fermes géantes qui devraient s’implanter en France avec, semble-t-il le plein accord du ministère de l’agriculture. Nous n’en avons pas fini.