godinIl ne s’agit même plus de gagner la confiance du consommateur, ni même de l’acheter. Il s’agit désormais de lui vriller dans la tête le nom de sa marque. Jusqu’où aller dans l’intrusion publicitaire?

 Quand Seth Godin prônait il y a des années l’opt-in comme seul garant de la confiance de l’internaute, dans son livre Permission marketing, c’est le contraire qui se produit.

Depuis quelques jours, sur ma boîte mail Google, je tombais sur des pubs me proposant n’importe quoi, basé «sur mes centres d’intérêt» et comme, par malheur, parce que c’est mon métier, je suis curieuse, vous imaginez… Heureusement, il y avait une option opt-out et je crois que cela a fonctionné, mais cela n’a pas été facile et je crains leur retour. Twitter et LinkedIn semblent avoir les mêmes projets. D’où le succès des réseaux alternatifs.

« Le non-respect du consentement semble devenu la règle »

Il y a quelques jours, warc.news publiait les résultats d’une étude financée par Fair Page — attention, il s’agit d’un site de blocage de pub, type Adblock et par Adobe (dont on peut donc imaginer qu’ils vont l’utiliser) – qui soulignait le rejet massif de la pub sur Internet et notamment le recours croissant, voire exponentiel aux logiciels qui bloquent les pubs sur Internet (dont je fais partie naturellement). Résultats repris par la lettre e-marketing.

Malgré ces réserves, l’une des informations les plus importantes à retenir de cette étude est le fait que ce sont, pour ne prendre que l’exemple des Etats-Unis, les 18/29 ans qui sont les plus rétifs à de telles pubs ; cœur de cible le plus privilégié.

Et ne parlons pas des pubs sur mobiles et autres SMS indues que les consommateurs rejettent totalement. Les études qui vont dans ce sens sont si nombreuses que je ne pourrais toutes les citer.

Ce matin, Hubert Guillaud, rédacteur en chef d’Internetactu.net, publiait un  article intitulé «Quand le net vous souhaite “Joyeux anniversaire !”», abordant le sujet de ces algorithmes invraisemblables qui, au nom de la «customization», dénaturent, voire détruisent totalement les relations personnelles que peuvent avoir les gens les uns avec les autres. Il cite une artiste américaine, Joanne McNeil qui considère que «les entreprises sont constamment à la recherche d’excuses pour communiquer avec les clients et les utilisateurs». Et la date anniversaire est «l’excuse parfaite. Les marques l’utilisent pour vous rappeler qu’elles existent et profitent de ce moment où l’on va vous offrir quelque chose pour se rappeler à vous». Et à acheter un cadeau bien sûr. Avec humour, elle précise « pour éviter ce déluge, notre anniversaire à l’avenir, sera-t-il un jour d’abstinence technologique, de déconnexion obligatoire?»

Hier, Nicole Ferroni, sur France Inter, titrait sa chronique L’araignée publicité, à propos des pop-up publicitaires insupportables, alors qu’elle cherchait des actualités sur des sujets autrement plus graves, on lui vendait des pubs pour des pneus. Quelle indécence.

Restons sourds

Pendant ce temps, les annonceurs se rassurent et s’en gargarisent, dans le déni eux aussi. Le boycott en France n’existe pas ! Sauf qu’ils oublient le boycott implicite. Je ne me souviens plus de la dernière fois où j’ai franchi les portes d’un McDo, ni acheté un produit Danone depuis les « Petits LU ».

Le brand journalism et la reprise in extenso des communiqués de presse, est devenu classique quand ces pauvres éditeurs se plaignent de la baisse de leurs diffusions. C’est normal. La vraie info n’est plus chez eux, mais sur des blogs spécialisés, dont les auteurs sont le plus souvent bénévoles et bien évidemment impartiaux (le tri est facile à faire). Les industriels continuent aussi à rémunérer des blogueurs qui se contentent de copier/coller, en plus pour pas cher. Sans parler des paroles d’expertes (au féminin naturellement) dans des e-mails publicitaires ou les sites.

Au moment où j’écris ce texte, je reçois ce mail de Pinterest s’adressant aux annonceurs

En 2001, Marc Drillech, publicitaire, publiait un livre, Le boycott, qui mettait en exergue les exigences des consommateurs, mais donnait de judicieux et aussi inutiles conseils aux entreprises pour que ces naïfs consommateurs n’y voient que du feu.

Et le pire, c’est que cela leur coûte très, très cher, sans même savoir combien cela leur pourrait rapporter. Les consultants et webmasters veillent au grain et se régalent.

Cela me rappelle les «vu à la télé» des années 80. Comme si le consommateur – et l’annonceur – y croyaient encore.

D’aucuns nous parlent encore de respect du consommateur. Rien n’a changé.