citation 4Je voudrais une fois de plus, comme je l’avais déjà signalé  il y a quelques mois, aborder les désastres écologiques et humains du gaspillage alimentaire.  Notamment ses conséquences sur l’Afrique.

On peut d’abord parler des très heureuses et bonnes intentions des gouvernants et des lobbies agro-alimentaires créant à l’envi de multiples chartes et autres comités Théodule, totalement inutiles. Tous fustigeant naturellement ce consommateur tellement incompétent alors que l’industrie fait tout pour lui. Un sacerdoce, il n’y a pas d’autre mot. Pour preuve, ils restent extrêmement discrets sur l’avancement de leurs projets. On ne pourra pas, pour une fois, les taxer de green washing.

Il faut naturellement saluer les initiatives en France et dans d’autres pays européens par des associations, des distributeurs, voire des chefs cuisiniers (comme Jamie Oliver en GB), dont on en sait pus au juste qui fait quoi. Grandes, petites, voire très opportunistes. Je ne citerai pas le nom d’un responsable de magasin interviewé, estimant que ces opérations avaient un intérêt marketing : «le légume difforme n’est pas bio, mais il ressemble parfois aux légumes bio. Certains consommateurs associent, inconsciemment, cet aspect authentique à une culture moins industrielle et à une meilleure qualité gustative».

Ces échos médiatiques ont eu un avantage inattendu : ces opérations démontrent à l’évidence que l’exigence de calibrage des produits auprès des agriculteurs est une source très importante de gaspillage. Aux dernières nouvelles, il serait même envisageable de créer des chaînes d’approvisionnement spécifiques si agriculteurs et industriels s’organisaient. On peut rêver!

En 2009, un journaliste, Tristram Stuart .a publié un livre intitulé «Waste – understanding the global food scandal». Dans le cadre de son enquête, il a visité des fermes de planteurs de carottes dans le Yorkshire, l’un des plus fournisseurs d’Asda. La chaîne a une exigence majeure, que les carottes soient droites, pour être épluchées plus facilement. Au final, 25 à 30% des carottes étaient déclassées et données au bétail. On est bien loin du consommateur.

L’Afrique sub-saharienne soumise aux diktats des exportateurs

Mais ces actions paraissent dérisoires par rapport à ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée, notamment en Afrique sub-saharienne. Un gaspillage organisé par les grands groupes exportateurs, de toutes nationalités, y compris français,  sans même que les populations locales ne puissent en profiter. Non seulement, on leur vole leurs terres et elles ne peuvent se nourrir.

Là-bas aussi des associations tentent de s’organiser pour sauver ce qui peut être sauvé. Un article, paru sur le site mafrica.com, en décembre dernier est très éclairant ; et très affligeant.

Alors même que ces régions souffrent le plus de malnutrition, touchant près d’un quart de la population, entre 30 et 40% de la nourriture produite sur le continent est perdue. La FAO qui comme je rappelais ici, est favorable à l’industrialisation de l’agro-business, évoque des problèmes de stockage chez les paysans. En fait, la plus grande partie des pertes provient du fait qu’ils ne correspondent au standard de taille et/ou de format des marchés européens auxquels ils sont seulement destinés.

Dans le seul Kenya par exemple, les compagnies horticoles gaspillent entre 15 et 35% de leurs récoltes qui ne correspondent à ces normes. S’agissant des fruits et légumes qui s’adressent aussi aux marchés du Moyen Orient, de l’Afrique du Sud et l’Asie du Sud-Est, ces chiffres peuvent atteindre 35 à 40%.

Pour des raisons de coût de transports et de conservation, ces produits ne peuvent être redistribués et restent sur place, une partie étant consommée par les animaux.

L’association internationale Disco Soup (très active également en France) est originaire d’Allemagne. Elle a pour vocation de proposer des soupes géantes dans les rues. Elle a contacté les plus gros exportateurs pour pouvoir monter des actions de stockage dans des fermes, de petites usines, voire de restaurants, avant de pouvoir redistribuer une partie de cette nourriture. La première Disco Soupe a eu lieu dans les rues de Nairobi il y a quelques semaines

L’association internationale Disco Soup (très active en France également) a organisé sa première Disco Soupe dans les rues de Nairobi.

Pour plus d’infos chiffrées http://www.fao.org/news/story/fr/item/196443/icode/