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Il y a une dizaine d’années, une journaliste me demandait : «pensez-vous que les bars à soupe soient une tendance lourde ?». Bien évidemment ! Les Français, dans les prochaines années, n’allaient plus manger que de la soupe.

Même effet quand, article après article, voire émission de radio comme la semaine dernière sur Inter dans Service Public, j’entends parler des food trucks… Une jeune Américaine (que j’ai croisée, charmante au demeurant) ouvre un petit restau à roulettes (hamburger à 10 euros, un peu plus cher qu’une pasta box !). Et parce qu’elle est charmante, elle secoue le microcosme qui s’esbaudit et n’hésite pas à parler de «tendance lourde» ou de «signal faible» selon le jargon de ces experts parisiens qui semblent ignorer que, depuis des années, de petites camionnettes, garées sur les parkings de supermarchés, vendent des pizzas parce que la grande distribution – pour limiter ses frais de personnel – n’a pas osé franchir le pas du service traiteur chaud (HMR) hormis une offre monotone de quelques gigolettes desséchées. On parle « d’explosion » des food trucks. Vraiment?

Si on peut se réjouir de voir les marques renouer avec les tournées événementielles à la rencontre de leurs clients comme l’ont fait Herta en début d’année ou l’enseigne britannique Morrisons pour promouvoir ses marques propres, on ne peut parler de phénomène sociétal qui met des années à apparaître. Combien d’années a-t-il fallu pour que les restaurants japonais – et avec eux, enfin ! Des plats japonais en GMS – s’implantent durablement en France ? Trente ans.

Peut-on vraiment parler de phénomène sociétal?

Et puis un truc tout bête, comme l’a déjà souligné Gira Conseil, l’institut spécialisé en restauration hors foyer, les Français ne savent pas manger en marchant et ils n’aiment pas manger en solo, même si ils y sont parfois contraints.

Il est indéniable que la street food se développe fortement mais pas partout et pas au même rythme. Contrairement à une idée reçue, la street-food n’est pas «universelle», comme le démontre fort bien l’infographique de l’institut britannique The Food People.

Il faudra néanmoins attendre pour cette mutation alimentaire. La convivialité reste un élément essentiel et pas seulement en France. Il suffit de s’asseoir sur une place d’un petit village mexicain ou sur ces petites chaises multicolores au Cambodge pour constater que l’essentiel n’est pas de s’alimenter, mais de partager.