pharmacie chinoiseEn abandonnant leur métier d’origine pour se jeter, pieds et mains liés, dans les mains des laboratoires pharmaceutiques et autres sociétés d’hygiène-beauté, les pharmacies sont devenues des épiceries […]

Avez-vous déjà franchi les portes d’une pharmacie chinoise ? C’est vrai que l’on y trouve des bocaux bizarres, avec des animaux séchés tout aussi bizarres à l’intérieur. Chaque «potion» est composée par le pharmacien.

En Europe, les lobbies pharmaceutiques, au nom de la sécurité des patients bien évidemment, ont réussi à imposer l’interdiction des plantes médicinales auprès des instances officielles. Leur efficacité ne sera même pas enseignée dans les facs. Les étudiants y apprennent les noms des grands labos (par chance, ils se font parfois financer leur thèse dont on peut imaginer la partialité). Ils n’apprennent plus non plus la fabrication de préparations, de cachets ou de suppositoires… Les labos s’en occupent pour eux. De même qu’ils s’occupent des conditionnements, souvent surdimensionnés. Toutes les tentatives pour revenir à des doses unitaires par ordonnance ont avorté… Cela prend trop de temps. (Internet pourrait changer les choses, décidément le meilleur service vient du web). On parle de gaspillage alimentaire, que dire des gaspillages médicamenteux, des produits à «obsolescence programmée» – souvent volontairement surdimensionnés – mais toujours pour des questions de sécurité bien sûr ?

L’homéopathie (ces «semi-charlatans») est à peine tolérée, alors les médecines naturelles vous rigolez ! Quoique. Seulement quand les labos et les grands groupes d’agro-business se les seront appropriées. Ils commencent à le faire en voulant déposer des brevets de «propriété» de plantes qui poussent en pleine nature en Asie ou en Afrique. Je pense à la tentative avortée du groupe Unilever voulant faire main basse sur un cactus, le hoodia gordonii, qui pousse en Afrique du Sud, réputé comme coupe-faim. Une « biopiraterie » qui ne fait que commencer (dernier exemple en date, une banane riche en beta-carotène financée, entre autres, par la fondation Bill Gates). On connaît la sensibilité de certains pays à certains «incentives», quelques bonnes pièces sonnantes et trébuchantes.

Optimiser ses coûts

Volontaires ou contraints, les pharmaciens, au nom du progrès technologique et de la santé de leurs clients, ont cédé aux sirènes de ces labos, des pilules et autres sirops bien moins chronophages que la préparation de médicaments ad hoc.

Entrez dans une pharmacie française. Un supermarché. Vous voyez peu de médicaments, mais beaucoup de produits d’hygiène-beauté. Mieux encore. Avec leur légitimité, ils sont capables de vendre à des parents stressés ou des personnes âgées, n’importe quel produit aux promesses parfois douteuses (par exemple des compléments pour améliorer l’intelligence des enfants). 20140927_105658_resized

Les pharmaciens se sont aussi lancés sur le marché de la naturalité, huiles essentielles et autre gelée royale vendues à prix d’or, sans que, là aussi, le pharmacien n’y mette la main, sinon pour mettre les boîtes en «linéaires». Là aussi, à cause du respect des normes, du veto des labos, mais aussi des marges potentielles affriolantes pour les pharmacies, puisque ces produits (heureusement) ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale. Médicaments «de confort» pour le plus grand plaisir des pharmaciens qui peuvent imposer leurs prix.

Les réseaux sélectifs en hygiène-beauté et pharmacies : des boîtes à marges

Les grandes sociétés d’hygiène-beauté ont trouvé dans la solution de distribution sélective (des produits vendus dans un seul réseau) une source de marge considérable qu’il s’agisse des circuits de pharmaciens ou de parfumeries. A l’origine, les groupes (L’Oréal en particulier) réservaient pendant  plusieurs années leurs avancées scientifiques à ces circuits, des formules plus sophistiquées, qui justifiaient des prix plus élevés. Aujourd’hui, il ne faut que quelques semaines pour que les mêmes formules apparaissent, sous une marque différente naturellement. Les pharmacies perdent ainsi tout avantage concurrentiel, mais s’accrochent à leurs marges.

S’agissant des grossistes-répartiteurs, la priorité est aussi au chiffre d’affaires (ces fameux derniers kilomètres). J’ai rencontré quelques pharmaciens qui vivent dans ma campagne (une fois de plus à 40km de Paris, dans la vallée de Chevreuse, pas dans la Creuse). Les grossistes ont fait leurs choix. Pour les plus gros, livraison dans la journée ; pour les petits, trois jours, pour les plus petits encore, une semaine. Pour des raisons de coûts logistiques (j’entendais la même chose hier  à propos de la presse nationale de moins en moins distribuée en régions, donc des ventes en chute libre).

La grande distribution aura leur peau

Notre chevalier blanc, Michel-Edouard Leclerc, au nom de ses marges et du pouvoir d’achat du consommateur veut les phagocyter (cf. sa nouvelle pub TV) et il va y parvenir, avec la bénédiction de Marisol Touraine qui, en plus, rassure les labos sur les génériques. La grande distribution a déjà détruit des centaines de milliers d’emplois, ruiné les commerces de centre-ville. Et elle va gagner pour ces mêmes raisons de coûts logistiques, privant les petites pharmacies d’un complément de revenus qui leur assurait les moyens de proposer les services essentiels que sont la proximité et les services de garde. Les petits vieux pourront attendre.

Ils avaient certes peut-être un peu trop tiré sur la ficelle, allègrement aidés par les labos et autres industriels. Et s’ils s’alliaient plutôt que de défendre des intérêts jugés corporatistes. Le boycott des médocs plutôt que celui des patients ?