orquepingouinLes Pasnoupasnous à la manœuvre, naturellement les meilleurs défenseurs des consommateurs. Plusieurs lobbies se sont félicités des récentes actions du gouvernement, l’Ania (association des industries agro-alimentaires), la FNSEA, le lobby du tourisme, et même le Medef, c’est dire…

Il ne vous a pas échappé non plus que le ministère de la Consommation a  disparu, intégré dans ses missions le Commerce, une évidence tant ces activités ont des intérêts communs. C’est Valérie Fourneyron qui en a la charge; rappelons que c’est la première maire de France (Rouen) à avoir signé un contrat avec une  marque  alimentaire, en l’occurrence Ferrero: désormais, le palais des sports de Rouen est baptisé Kindarena ainsi que les stations de transport en commun qui le desservent – « au nom de l’emploi’, m’avait-on répondu. Les class actions, inscrites dans la loi de consommation, cela sera sans doute pour plus tard, après moult recours. Les cochons seront bien gardés.

La DGCCRF et l’Institut National de la Consommation restent rattachés aux ministères des Finances et/ou au ministère de l’Economie… au service de l’entreprise France. Un pays n’a pas pour vocation d’assurer le bonheur d’une société. C »est une multinationale, avec ses branches d’activités spécialisées : agriculture, agro-alimentaire, alcools, énergie, armement, tourisme, activités pharmaceutiques… qu’il faut rentabiliser à tout prix.

Restons entre nous. Dehors la plèbe! Manquerait plus qu’elle morde. Après tout, le consommateur l’a bien mérité. C’est lui le seul coupable.

Le gaspillage alimentaire, honte aux familles

Le consommateur n’a aucun sens de sa responsabité. Extrait d’un communiqué de presse de l’Ania, complaisamment publié par le Revenu Agricole «En matière de statistiques inquiétantes, les consommateurs français ne sont pas en reste : en moyenne, chaque Français jette 20kg de déchets alimentaires chaque année, dont 7kg de produits encore emballés».

L’Ania propose sur son site un jeu pour sensibiliser les familles au gaspillage alimentaire. J’imagine que les enfants et leurs parents se sont précipités sur ce site.

Cette démarche «d’éducation du consommateur» me rappelle furieusement celle d’Eco-Emballages qui, rappelons-le a été créée par les industriels. Un jour, lors d’un colloque, j’interrogeais le patron d’Eco-Emballages (celui qui a eu quelques soucis, les mains dans le pot de confiture) sur les sachets individuels, il me répondit – sans rire – que cela était «tellement plus pratique pour les randonnées en montagne». Il me précisa ensuite qu’Eco-Emballages était là pour «défendre les intérêts des industriels» et que sa mission était avant tout de sensibiliser le consommateur, les équipes marketing ne faisant que leur travail.

Faire leur travail. L’éco-conception? Kesako? Au vu du fossé abyssal qui sépare les directions du développement durable des directions marketing ou des directions commerciales, on comprend que ces deux dernières aient du mal à comprendre. Leurs objectifs ne sont pas les mêmes : pour les premiers, il s’agit de protéger la planète, pour les autres de vendre des palettes. Et ce n’est pas une caricature.

Pas de souci, en revanche, pour proposer des bogof (achetez un produit, le deuxième gratuit, lots de deux) de produits frais dont on sait qu’inévitablement ils vont dépasser leur date limite de consommation et seront jetés (une pratique qui devrait être prochainement interdite en Grande-Bretagne, une enseigne française s’essaie à proposer ce même lot de deux en deux temps). Des durées de limite de consommation (obsolescence programmée) qui d’après l’Ania, devraient être prochainement réglementées, enfin auto-régulées naturellement. Dans dix ans?

Les consommateurs n’ont aucun scrupule à piller les pays du tiers-monde

L’achat de produits textiles à bas prix. Un sujet récemment abordé dans les médias à l’occasion de la commémoration de l’accident survenu à Rana Plaza, il y a un an, faisant plus de 1200 morts. A l’évidence, c’est le client qui l’exige. Alors ces pauvres distributeurs sont obligés de négocier pied à pied pour diminuer leurs coûts du travail. Les salariés chinois et vietnamiens sont définitivement beaucoup trop gourmands, deux balles de l’heure ; heureusement, il reste des pays comme le Bangladesh ou le Cambodge qui permettent à la distribution de «restaurer ses marges».

Mais ils accomplissent leur mission : «répondre aux attentes de leurs clients»… qui ne leur ont rien demandé puisqu’on leur impose les produits. Des produits d’appel qui leur permettront de parader dans leurs prospectus et de leurs publicités comparatives. Des jeans à 5 euros! Qui dit mieux ? A quand un site «quiexploitelemoinscher.fr»? Et de publier, mois après mois, les performances des enseignes, quelques points de parts de marché gagnés qui leur donneront plus de poids en négociations. Actionnaires des boîtes cotées et patrons d’indépendants s’en lèchent les babines.

Mauvais citoyen, ce consommateur snobe le made in France. Un économiste expliquait doctement il y a quelques jours à la radio qu’il était inutile d’augmenter le pouvoir d’achat des Français puisque, dès qu’ils ont quelques sous, s’achètent smartphones, tablettes et autres écrans plats importés (faute de produits français) plutôt que des marinières, autrement plus utiles. Et que tout cela ne servirait qu’à creuser le déficit commercial de la France. Les ingrats qui ne pensent qu’à leur plaisir.

Pire encore, il refuse d’acheter des produits plus écologiques, vendus 30% plus cher, ces produits conçus par les mêmes sociétés qui ont, pendant des années, empoisonné leurs clients et qui ne font que corriger leurs erreurs. Mais le vert est une « formidable opportunité marketing », on ne va pas s’en priver. Si seulement le consommateur avait plus de sentiment citoyen.

Le marketing responsable, de la seule responsabilité du consommateur 

Je pensais, comme vous, que le marketing, qui devrait être par essence responsable, était du seul ressort des entreprises puisqu’il leur revient la définition des stratégies marketing de leurs produits, de même qu’il revient aux équipes d’être aussi responsables dans leur entreprise qu’ils le sont dans leur vie privée.

Eh bien non. Quelques clics suffisent à se convaincre du contraire. Au mot-clef «définition», on trouve cela (je vous épargne les sources):

«Le marketing responsable est une pratique qui consiste pour une marque à promouvoir un comportement « responsable » de la part des clients ou consommateurs. Cette recommandation peut se faire par le biais d’une campagne spécifique ou accompagner les discours publicitaires et marketing habituels».

Ou encore :

«Le marketing responsable concerne tout d’abord le marketing de produits ou services que l’on pourrait qualifier de «responsables» c’est-à-dire des produits ou services présumés verts, équitables socialement responsables ou soutenables (les deux ou les trois à la fois) et dont la qualité est maximale».

Ou encore, encore !

«C’est un marketing éthique qui aide les consommateurs à mieux consommer, voire qui les aide à moins consommer […] La seule façon d’aider le consommateur à devenir responsable, c’est qu’il y trouve lui aussi son ROI».

Bref, le marketing est le nouveau sacerdoce pour faire revenir toutes ces brebis galeuses au bercail… Donner des leçons à ces pauvres gens qui n’y comprennent rien, qui ont besoin de «pédagogie», comme en CM1 ou CM2. Voyez-vous, il faut leur expliquer pour qu’ils assimilent. Qu’ils sont stupides. Mieux, ils n’arrivent pas à « comprendre le concept du produit », argument trop souvent employé par des industriels quand il s’agit d’expliquer l’échec total de certains lancements. Cela me rappelle certains discours politiques récurrents.

A tout cela, je préfère celle-ci,de l’Américain Bruce Nixon, que j’ai déjà citée qui pourrait clore tout discours rhétorique (et surtout ne parlez pas de «nos» emplois, argument tellement facile), qui à elle seule, définit ce qu’est le marketing responsable.

«Dans quelle mesure contribue-t-on à l’obésité des enfants, à la diminution de leur durée de vie? Comment pouvons-nous justifier nos stratégies marketing et le développement de nos nouveaux produits?».

Contribuer à l’obésité? Bien sûr que non, puisque, une fois de plus, tout cela n’est que de la responsabilité des parents qui donnent à leurs enfants les cochonneries vendues dans les supermarchés. Ils sont libres de ne pas les acheter, malgré les millions d’euros investis en publicité pour tenter ces mêmes parents et leurs enfants (moins à la télé, mais superperfomants sur Internet, espace totalement incontrôlé). Et pire encore, ce sont les pauvres les plus responsables, un des chevaux de bataille du lobby mondial des entreprises agro-alimentaires, l’International Life Science Insitute (ISLI). C’est à cause d’eux que « nos » enfants sont obèses.

Quelques lectures récentes des médias et nous sommes comblés, comme la diffusion du webdocumentaire consacré à Nestlé sur France5.

Plus anecdotiques, mais pas mal quand même, les récentes initiatives de General Mills aux Etats-Unis. Tout d’abord l’annonce, avec force tambours et trompettes, de la modification de la recette emblématique de Cheerios qui ne contiendra plus d’OGM. Sauf que l’avoine, la céréale de base du produit (pour des raisons techniques), n’a jamais contenu d’OGM et cette disparition ne concerne que des ingrédients mineurs, Dommage collatéral amusant, la marque a supprimé les vitamines dont ces céréales étaient enrichies. Pour une raison simple : aux Etats-Unis, elles sont bourrées d’OGM.

Quelques jours plus tard, la même société fait un joli mic-mac : elle inclut une clause auprès de visiteurs sur leurs sites ou sur leurs pages de réseaux sociaux qui leur interdit d’intenter tout procès à la société. Pour simplifier, vous téléchargez un coupon de réduction, cela induit ne pas engager de procès pour toute autre raison. Léger rétropédalage du groupe après de multiples appels au boycott ; les fans de Facebook ne seraient pas concernés, seuls ceux qui veulent télécharger un bon de réduction, pauvres idiots.

Arrêtez les fausses barbes.