Photo Faustine Calmel © Radio France

Photo Faustine Calmel © Radio France

C’est le texte d’un tweet de Maître Eolas (@Maitre_Eolas). «Qu’as-tu fait à mon Palais?» qui m’a fait découvrir cette bâche géante sur le Palais de justice de Paris.

Au moment où les plus hautes autorités de la santé affirment, la main sur le cœur, leur inépuisable combat contre l’obésité, alors même que le ministère de l’agro-business – pardon! de l’Agriculture et de l’Agro-alimnentaire) – a pris la main sur le ministère de la Santé avec son Plan National de l’Alimentation – la Palais de Justice de Paris, en réhabilitation, est recouvert d’une bâche publicitaire monumentale pour Coca-Coca Life. Il s’agit d’une nouvelle version «réduite en calories» de la marque, sucrée à la stévia. Réduit ou non en calories, le logo Coca-Coca s’affiche en géant sur les quais de Paris. Comme le précise l’association UFC Que Choisir, «37 % de sucre en moins par rapport à la version standard, une canette de 33cl de Coca-Cola Life apporte tout de même l’équivalent de quatre morceaux de sucre contre aucun pour le light et le Zéro». La pirouette ? La même que celle de McDo, un logo vert plutôt que rouge. Les enfants – et leurs parents – verront-ils la différence ?

Les Pasnouspas nous à la manœuvre

Qui est responsable et a autorisé cette initiative ? Personne naturellement. Interviewé par Le Parisien, Bruno Julliard, premier adjoint PS déplore, «nous n’avons malheureusement pas notre mot à dire sur ce genre de bâche». Dommage.

En mai 2015, Audrey Garric avait écrit dans Le Monde un article plus complet et très intéressant. Elle rappelle qu’une affiche pour Apple, présente place des Vosges depuis plus de deux ans avait été enlevée à la demande de la ministre de la Culture, Aurélie Philippeti.

Début mai, l’iPhone d’Apple de 775m² s’étalait sur le Palais de justice du quai des Orfèvres avant d’être remplacée récemment par celle pour Coca-Cola Life.

Selon la journaliste, c’est un décret de 2007 qui a modifié le code du patrimoine. Elle précise «la loi autorise les monuments historiques à recourir à cette source de revenus en cas de travaux extérieurs nécessitant la pose d’échafaudages. L’autorisation est délivrée par le préfet de région ou la ministre de la culture selon des critères qui restent vagues – « au vu de la compatibilité du contenu de l’affichage, de son volume et de son graphisme avec le caractère historique et artistique du monument et de son environnement », selon le texte. « Il n’y a pas de lien entre le visuel et le monument, reconnaît Dominique Cerclet, conservateur des monuments historiques à la Direction régionale des affaires culturelles de l’Ile-de-France. Les annonceurs font des propositions, qui sont validées par les propriétaires puis par nous. On essaie d’éviter les couleurs trop criardes par exemple, mais on refuse rarement une publicité.»

Il y a certes certaines restrictions, comme le fait que cet affichage ne peut dépasser 50% de la surface de la bâche et «ne peut dépasser l’utilisation effective des échafaudages», alors que ces affiches restent présentes même quand les échafaudages sont démontés. Les associations interviewées (Résistance à l’agression publicitaire, Paysages de France) remarquent que ces contraintes sont rarement respectées.

Côté régies, on plaide aussi non coupable. Tout d’abord, les annonceurs n’aiment que les très grandes surfaces. Ensuite, elles se réfugient derrière l’autorisation de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Mais qu’on se rassure : comme le précise un reportage de France Bleu , «la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) doit donner son accord à chaque projet et pour chaque affiche. Elle refuse rarement». Ces mêmes régies avouent néanmoins «quelques abus». Quelques seulement ?

Bien sûr, il s’agit de trouver l’argent et des mécènes pour pallier les restrictions budgétaires. Mais à quel prix? Quelques kilos en plus dans le ventre de nos enfants? Quelques centaines d’euros qui vont venir grever un peu plus des budgets modestes? Un McDo dans le musée du Louvre! Pester power, ce pouvoir de prescription auquel les parents ne peuvent résister.

Les bâches publicitaires deviennent parfois une source de revenus à part entière, au mépris parfois de certaines réglementations et/ou du respect de la loi. Quant à la responsabilité sociale de l’entreprise de l’entreprise qui la finance… Quelle aubaine! Mais, sérieusement, il s’agit de sauver notre patrimoine.

A quand une pétition ?