VittelIl est des légendes tenaces, comme celle de la nécessité de boire 1,5 litre d’eau, voire deux litres par jour. Aucune étude scientifique n’est venue étayer cette recommandation diffusée depuis des années.

Les scientifiques eux-mêmes ignorent d’où vient cette idée reçue. C’est ce que confirment, en 2008, deux chercheurs américains, Dan Negoianu et Stanley Goldfarb, dans un article publié dans the Journal of the American Society of Nephrology considérant qu’aucun résultat scientifique ne justifie cette recommandation communément admise, qu’il s’agisse d’effets bénéfiques sur les reins ou encore l’amaigrissement, la réduction des mots de tête et la qualité de la peau. Le journal britannique The Telegraph, ajoute que boire une trop grande quantité d’eau pourrait être très néfaste.

Ne boire que lorsque l’on a soif

Bref, à l’exception de certaines pathologies, ou par exemple, certaines personnes âgées, les bébés, où celles vivant dans des pays très chauds, «Les gens ne devraient pas s’en faire. Buvez simplement quand vous avez soif», conclut l’un des deux chercheurs. Un constat identique avait été fait quelques semaines auparavant par un spécialiste français de chirurgie urologique français, le professeur Guy Vallancien (source jean-Yves Nau).

Curieusement, à l’exception du Point, cette info fut très peu reprise dans la «grande presse», sinon sur des sites « militants ».

Les réponses des minéraliers

Les grandes marques d’eau ont vite réagi en développant toutes sortes de communications. Prospectus dans les cabinets médicaux, «conseils» sur les sites santé très sensibles aux avis de leurs annonceurs. Enfin, via leurs « centres de recherche », comme l’Eufic  (European Food Information Council qui précise sur son site que « L’Eufic est financé par des compagnies de l’industrie agroalimentaire européenne et reçoit des fonds de la Commission européenne pour le financement de projets.» Parmi les membres de son conseil d’administration citons Coca-Cola, PepsiCo, et Nestlé bien sûr. Malgré sa très jolie «déclaration de transparence» qui précise que «toutes les publications doivent contenir des références à des textes scientifiques ou des experts», l’Eufic n’hésite pas à publier, en mars 1999, dans sa revue Food Today, un article baptisé «Deux litres par jour pour penser et jouer» qui affirme, sans source scientifique qu’il s’agit de «l’apport journalier minimal». Et d’égrener tous les maux liés à un manque d’apports en fluides : baisse des capacités de concentration, influence sur la mémoire, manque d’oxygène… Bref : «Notre cerveau, notre sang, nos muscles ainsi que les autres organes ne peuvent fonctionner correctement s’ils sont privés d’eau, les symptômes alors ressentis sont d’abord de la fatigue puis à plus long terme une constipation et des problèmes de circulation ». Rien de moins.

En communication, les allégations santé ont été quelque peu édulcorées, loi européenne oblige, mais toutes les ambiguïtés sémantiques des discours, voire des signatures des marques (dont le célèbre «partenaire minceur de Contrex» qui aide seulement à «éliminer»), sont toujours bien présentes.

 Vittel crée un reminder pour boire toutes les heures

Nonobstant toutes ces données, Vittel (Nestlé Waters) vient de créer en France et de tester un outil, baptisé «Vittel Refresh Cap» dont le seul objectif est de faire boire plus d’eau. Le bouchon de la bouteille est équipée d’un compteur et toutes les heures émerge dudit bouchon un petit drapeau rouge, indiquant qu’il est temps de boire de l’eau.

D’après le blog mycommunitymanager qui l’annonce, ce système, qualifié de «ludique et simple», connaît des «résultats plutôt encourageants : les consommateurs français sont très enthousiastes et constatent une nette augmentation de leur consommation quotidienne d’eau…»

Les acteurs des soft-drinks ont depuis longtemps enfourché le cheval de l’hydratation, utilisant les mêmes techniques d’études «scientifiques» que leurs petits camarades, financées par les marques elles-mêmes (lire à ce propos le livre en français Toxic Food de William Reymond) ou par leurs lobbies américains notamment.Cela devrait leur donner de belles idées de nouveaux objets connectés.

Erratum : cette étude est sortie en 2008 et non en 1998 comme je l’ai écrit. Mea culpa

On peut voir une première pub sur Youtube