pinocchioEmanation de l’ONU, la FAO (Food and Agriculture Organization) en charge de l’agriculture et de l’alimentation, veut sauver la planète de la famine. Sauf que.

Le Figaro rapportait que l’OMS et le FAO avaient récemment dénoncé «un système alimentaire trop industrialisé qui favoriserait l’obésité ». Une découverte majeure que tout monde ignorait naturellement. Il était temps, mais il faudra du temps, 30, 50 ans?

L’OMS et l’organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont mis en cause ce mercredi «un système alimentaire mondial trop industrialisé qui favoriserait l’obésité tout en étant incapable d’éradiquer les problèmes de sous-alimentation».

Le débat s’est plus orienté sur l’obésité que sur la malnutrition, l’OMS dénonçant «une production industrialisée de nourriture toujours moins chère et mauvaise pour la santé». Lors de ce bal de faux-culs, colloque, pas moins de 172 pays, se sont engagés à propos de la sous-nutrition, les carences alimentaires et l’obésité. A la clef, pas moins de soixante recommandations. Excusez du peu.

Parmi toutes les grandes personnalités invitées, c’est l’intervention du Pape François qui, selon l’article, a le plus marqué, pointant doigt les lobbies agro-alimentaires qui «bloqueraient la lutte contre la faim dans le monde», encourageant toutes les parties prenantes (y compris les Etats et la société civile) à une «nouvelle réflexion sur les politiques alimentaires».

La FAO, pro-industriels

Tout pour l’humanité donc, mais il y a un hic. Et un gros. Depuis des années, la FAO, pour sauver les agriculteurs des pays les plus démunis, n’a de cesse de promouvoir le développement des industries agro-alimentaires, voire des OGM.

Il y a quelque temps, le site agro-media soulignait que le FAO souhaitait qu’il fallait renforcer les liens entre l’industrie et l’agro-alimentaire et développer l’industrialisation «pour combattre la pauvreté et de la faim dans le monde», comme l’appelle de ses vœux son directeur général, José Graziano da Silva.

Recommandation déjà faite par la même FAO, en 2011, qui avait financé une étude , faisant appel au Swedish Institute for Food and Biotechnology, dans les seuls buts  étaient « d’ améliorer la vie des paysans » et de limiter le gaspillage alimentaire. Ses conclusions : adopter le modèle des pays développés jusqu’au marketing. «Le développement industriel et l’agriculture doivent se compléter mutuellement, en appelant au marketing au packaging, à l’alimentation transformée». En d’autres termes, elle promeut ce modèle dénoncé par l’OMS. comme facteur d’augmentation de l’obésité.

Pourquoi ce tel enthousiasme de la FAO pour cette indispensable industrialisation qui sauverait le pauv’paysan et en contradiction totale avec la progression de l’obésité dont il est prouvé qu’elle est un facteur majeur d’accroissement de ce fléau ?

La réponse est simple : la FAO est financée pour une grande partie, par les industriels et non des moindres. En 2009 déjà, le site infogm.org, consacrait un article à la fondation Bill Gates, son soutien aux OGM et… son financement de la FAO. Ainsi celle-ci venait de verser 5,4 millions de dollars à un institut de recherche américain pour «lutter contre la faim». L’objectif : introduire «des cultures génétiquement modifiées enrichies d’éléments nutritifs» et permettre à 17 pays d’Afrique «d’améliorer considérablement la qualité, l’accès et la pertinence de leurs statistiques nationales sur l’alimentation et l’agriculture». Avec, à la clef, la négociation avec les états africains de réaliser des essais en champ. On imagine la «nature » de ces négociations. En outre, comme le précise le journaliste, les chercheurs annoncent que ces nouvelles variétés «seront offertes aux agriculteurs africains».

 En septembre dernier, ce même site s’interrogeait sur les interactions entre la FAO et les OGM . Une information confirmée il y a quelques jours par le site novethic.fr. Elle précise que la Fondation Gates la plus grosse fondation privée du monde (avec l’aide Warren Buffet), dotée de pas moins de 40 milliards de dollars. Le site cite l’ONG Grain qui vient de publier un rapport de l’ONG Grain, naturellement contesté par la Fondation de Bill Gates.

C’est de notoriété publique en Afrique –souvent dénoncé – l’enjeu est de faciliter l’entrée des multinationales sur les marchés africains. Les grands cabinets (Deloitte, McKinsey…) ne cessent de mettre en avant le potentiel de ces pays grâce à la croissance du pouvoir d’achat des classes moyennes. La communauté européenne a déjà bien œuvré pour empêcher tout développement de l’agriculture locale en subventionnant les exportations (les volailles par exemple).

Novethic précise «que la Fondation Gates est également devenue l’un des principaux financeurs du CGIAR, l’organisation internationale qui coordonne 15 centres de développement agricole, avec 720 millions de dollars injectés depuis 2003. En jeu, l’utilisation des réseaux locaux des centres du CGIAR pour diffuser des semences améliorées et les produits chimiques qui vont avec».

Favoriser les partenariats public/privé : ouvrir les vannes

C’est le mot d’ordre de la FAO, encore répétée lors de ce même colloque à Rome.  En clair, ouvrir encore plus grandes les portes aux multinationales. Comme le souligne l’article de Novethic, «la Fondation Bill-et-Melinda Gates finance également de nombreux partenariats public-privés (PPP) avec des multinationales (DuPont, Cargill, Unilever, Nestlé, Coca cola, Olam…) dans des projets visant à transformer l’agriculture africaine », citant une chercheuse de Sciences Po et au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

Comble de la contradiction, la FAO considère que la perte de biodiversité est responsable de la malnutrition dans le monde. Tout cela sans parler de l’accaparement des terres en Afrique et en Amérique Latine.

Me rendant souvent en Afrique, j’ai pu déjà constater maintes fois la mainmise de ces entreprises, de l’amont – l’agriculture – à l’aval, distribution et communication et de leurs investissements sur ces pays – jusqu’à la plus petite échoppe – à défaut de pouvoir moins facilement conquérir les pays asiatiques qui font plus de résistance.

Mais il s’agit bien sûr de nourrir la planète, au risque de transition nutritionnelle dramatique pour les populations et de catastrophes écologiques. De la pure philanthropie.