gavagePendant les pauses publicitaires, c’est connu, les téléspectateurs en profitent pour aller aux toilettes ou chercher une boisson. Il semblerait qu’ils soient maintenant de plus en plus nombreux à jeter un œil sur leurs mails. Un zapping qui coûte cher aux annonceurs. On les plaint…

Les poursuivre jusque dans leurs toilettes

Alors Xaxis, filiale de WPP, a eu une idée vraiment lumineuse : un produit machiavélique, baptisé «Xaxis Sync». Il permet de diffuser sur ces smartphones et autres supports mobiles la publicité qui passe au même moment à la télévision. Un système récemment détaillé dans AdAge.

Comme le décrit le communiqué de presse paru dans Businesswire.com : «Il permet, en temps réel, aux annonceurs d’offrir de manière programmatique des annonces publicitaires coordonnées sur tablettes, ordinateurs portables et téléphones intelligents, à grande échelle, simultanément avec des messages publicitaires télévisés», précisant que Xaxis est «la plus grande plateforme de médias et de technologies programmatiques au monde».

Comme l’explique le patron de la société, «notre objectif est de résoudre les problèmes des téléspectateurs distraits par leur smartphone». Je vous passerai les détails de la manière dont ils repèrent les comportements média des cibles (habitudes de consommation media, géolocalisation, identification du réseau wi-fi…) pour ne pas avoir de haut-de-cœur. Mieux encore ce même patron affirme que ces pubs vont être utiles au téléspectateur puisqu’elles seront interactives. Bref, on va en plus lui rendre service.

Oubliez l’opt-in, bienvenue à l’ère de l’intrusion

En 2012, un professeur américain de communication, Joseph Turow, publiait un livre intitulé The Daily You: How the Advertising Industry Is Defining Your Identity and Your Worth, considérant que les publicitaires étaient en train de développer des efforts historiques en matière d’infiltration qui aboutissent à des pratiques d’intrusion développées par des agences d’achat médias, détruisant les pratiques éthiques des médias traditionnels obligés de compenser la baisse de leurs audiences.

Dans une interview à Knowledge & Wharton,  il considère que nous ne sommes qu’au début de cette ère, qui a commencé par le cookie, à l’origine un simple outil technique pour assurer la traçabilité des ventes sur Internet, avant de «tracer» l’internaute lui-même, puis de le suivre sur les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Joseph Turow considère qu’il est impossible de savoir jusqu’où les publicitaires sont capables d’aller.

Selon lui, nous allons vers une société où les données personnelles des individus seront vendues et revendues en permanence, sans plus aucune notion d’opt-in, depuis longtemps oubliée. Jusqu’à ce que les individus se révoltent, un Occupy Madison Avenue après un Occupy Wall Street. Résistance du consommateur, mais en aura-t-il réellement les moyens?

Malgré le rejet massif de la publicité par les consommateurs, les Français en particulier, sur quelque médias que ce soit, et en particulier sur les téléphones mobiles, l’intrusion continue, au mépris du respect des données privées. Même la télécommande et le zapping deviennent inutiles. L’individu piégé.

Objets connectés, pièges à con…sommateurs

Il ne s’agit plus là de Big data anonymes comme on nous le rabâche à chaque fois pour justifier le développement de ce magnifique progrès technologique, mais de données personnelles, soigneusement répertoriées. Certains en appellent à l’auto-régulation. La rigolade.

Je n’ose imaginer le développement des objets connectés, aussi intimes soient-ils et l’usage que vont en faire les publicitaires. Je pense par exemple aux applications destinées à surveiller votre santé, votre alimentation ou encore vos performances sexuelles. Industriels et laboratoires pharmaceutiques – et pourquoi pas demain matin, les sociétés d’assurance, les banques de crédit,  les gouvernants, les DRH..? – vont se régaler. Et les agences d’achat d’espace se goinfrer avec leurs plateformes «programmatiques».

Mais ce ne sont que des algorithmes. Ceux-là mêmes qui déglinguent les marchés. En toute légalité.